Les perspectives de Télécom Italia
Abstract
L’assombrissement du climat structurel dans lequel évoluent les géants des télécoms européens a des conséquences particulièrement désagréables pour télécom Italia. Son actionnaire de référence, Pirelli songe à se désengager, il se pourrait fort que le repreneur ne soit pas Italien. La récente offre d’ATT et America Movil tient en ceci : chacun prendrait un tiers du capital d’Olimpia (société filiale du groupe Pirelli à 80% détenant 18% du capital de Telecom Italia). Cette offre valorise le titre Télécom Italia à 2.83 euro, loin au dessus de ce qu’il côte à Milan ce lundi :2.35 euros. Le bon accueil qui a été réservé à cette proposition par Pirelli, laisse clairement entendre qu’il y a de la place pour qu’une nouvelle réorganisation du capital de Télécom Italia se produise, Pirelli veut vendre. Le capitalisme italien est une machine à gaz particulièrement complexe et « inventive », pourquoi Pirelli part’ il, quelles sont les combinaisons susceptibles d’être élaborées, dans quel mesure l’avenir de la société sera-t-il impacté. C est l’occasion de faire le point sur ces questions.
L’opportunité se transformant en mauvaise affaire Pirrelli se prépare à faire le deuil de Télécom Italia
Le départ de Pirelli est motivé par des considérations purement financières, Telecom Italia comme ses épigones européens, est déjà confronté à une baisse de l’Ebitda, le revenu net devrait donc suivre. Aujourd’hui la société capitalise près de 47 milliards d’euros pour un bénéfice 2006 proche de 3 milliards d’euros, elle affiche un PER supérieur à quinze ce qui est supérieur à celui de 12 affiché par France Telecom. Il y a donc de la place pour que la société se dévalorise encore plus que ses consœurs, ne serait ce qu’en s’alignant sur les prix du marché. De quoi faire frémir Pirelli ce d’autant que Télécom Italia est très endettée elle aussi, même au regard des normes du secteur - 37 milliards d’euros à la fin de 2006, soit presque trois ans d’Ebitda, pour mémoire le ratio de France Telecom s’oriente résolument vers les deux-. La position de Pirelli au sein de Telecom Italia s’organisait autour d’ un montage financier basé sur l’endettement lequel est logé tant au sein de la société mère (Pirelli SPA) que d’Olimpia la holding détenant les titres Telecom Italia. Or malgré le taux très élevé de distribution des dividendes de Télécom Italia (presque 90%), la holding Olimpia paye tant d’intérêts sur sa dette qu’elle peine à dégager une marge. En cas de baisse des cours la société Pirelli pourrait se trouver en grandes difficultés, il est donc plus que temps de vendre aussi chère que possible. C’est là que les choses se compliquent. Pirrelli avait déjà essayé de faire vendre la filiale mobile de télécom italia en 2006. La société pouvait en tirer un bon prix, on évoquait alors la somme de 35 milliards d’euros. De cette façon il eut été possible de résorber la dette et d’amortir la baisse des marges en ce concentrant sur la fourniture de bande passant un peu sur le model de ce qu’a réalisé BT avec des fortunes diverses. Il était également prévu, dit on, de distribuer 15 milliards d’euros aux actionnaires via un dividende exceptionnel, Pirelli aurait donc pu effacer sa propre dette, du moins au niveau de la holding Olimpia. Le gouvernement a botté en touche sans se donner apparemment la peine d’étudier le projet et ce pour des raisons de « patriotisme » qui n’ont aucun sens désormais concernant un opérateur GSM, c’est tout du moins notre sentiment. En refusant à Pirelli de mettre en œuvre cette politique, le pouvoir Italien l’a poussé vers la sortie . D’une certaine façon cela revenait à reculer pour mieux sauter car maintenant c’est l’ « l’Italianité » de Télécom Italia qu’il faut défendre et celle de son réseau fixe qui présente des enjeux autrement plus stratégiques en termes d’infrastructures que le réseau GSM/UMTS. Or pour réaliser son investissement avec profit, Pirelli, étant donné l’avenir financier de la société, doit vendre à un industriel qui sera en mesure de faire surgir des synergies et donc rentabiliser la prime qui lui est demandé par rapport au cours actuel (les opérateurs américains proposent une prime de l’ordre de 20%). Un investisseur financier aurait probablement plus de mal à rentabiliser son investissement étant données les circonstances.
Des acteurs extra européens très motivés :ATT et America Movil
Il n’y a plus de groupes de télécom italiens qui puissent avoir ce genre d’ambitions. Seules des entités internationales seraient capables de payer la somme demandée par Pirelli qui aimerait obtenir jusqu’à 3 euros par titres, de facto l’actionnaire de référence deviendrait étranger. Certes on évoque en Italie la possibilité d’une solution « nationale ». Cela supposerait la mise en place d’un consortium bancaire qui reprendrait les parts d’Olimpia et constituerait un pacte d’actionnaire très élargi, une solution que l’on rencontre assez souvent en Italie où l’on trouve encore de nombreux noyaux durs. Une telle solution pourrait fort bien se coordonner autour de l’axe Mediobanca-Generali (Generali détenant 4.06% si l’on en croit les informations communiquées sur le site de Telecom Italia).Générali est membre du pacte d’un pacte d’actionnaire aux côtés d’Olimpia, à ce titre il dispose d’un droit préemption en cas de vente des titres télécom Italia, il n’y a donc pas d’obstacle pratique à ce qu’elle se saisissent des titres au passage en cas de transaction. Pourtant d’un strict point de vu financier on se demande ce qui pourrait justifier un tel investissement ce d’autant que le système financier Italien est rentré dans une phase de restructuration-concentration qui monopolise les énergies et les moyens financiers. Du côté des grands capitaines d’industries, aujourd’hui, la seule fortune Italienne capable de remplacer Pirelli au pied levé est Berlusconi, on peut se douter que le gouvernement Prodi ne sera pas très enthousiaste à la simple évocation de son intervention, il semble que le Cavaliere se lave les mains de cette affaire. En définitive une solution à la fois crédible et pragmatique consisterait à aménager l’entrée d’un partenaire étranger qui serait près à donner de solides garanties via l’élaboration d’un pacte d’actionnaires sur mesures. L’entrée d’ATT de Carlos Slim de Téléfonica de Deutsch Telecom voir même de France Telecom n’est donc pas à exclure à priori malgré les appréhensions de certains milieux Italiens. Elle ne constituerait pas forcément une mauvaise nouvelle pour le groupe car qui aujourd’hui voudrait acheter l’intégralité du capital et assumer les 37 milliards d’euros de dettes ? Ceci étant on doit bien se souvenir que Télécom Italia objet de toutes les attentions en Italie a suscité les montages les plus douteux et les combinaisons les plus abracadabrantes, il ne faudra donc pas s’étonner si le capitalisme Italien ne sort pas de son chapeau une solution aussi byzantine que ne l’était le montage de la holding de contrôle Olimpia. Dans ce cas on peut parier que le consommateur Italien sera le grand perdant de l’opération sauf à se trouver dans les zones où les régies communales ont pris le parti de parer aux carences du privé et investissent d’ores et déjà dans la fibre optique. Pour autant on ne doit pas sous estimer non plus la volonté d’aboutir d’ATT et de Carlos Slim le marché Latino Américain est partagé entre América Movil et Téléfonica la dynamique de concentration américaine est presque achevée, ces deux géants doivent s’ouvrir de nouveaux horizons or le marché européen est fort peu accueillant Vodafone et Téléfonica sont trop chères, France Telecom et Deutsche Telecom ne sont pas opéables. Pour prendre pieds en Europe Telecom Italia est l’une des solutions les plus simples avec KPN, ce d’autant que dans le cas de l’Italien en trouvant un accord avec les autres membres du pacte d’actionnaire il est possible de peser sur la gestion de la société en ne rachetant que 18% des parts, un investissement inférieur aux dix milliards d’euros. Dans l’état actuel des choses il semble toutefois souhaitable qu’un industriel prenne pieds dans le capital, depuis l’OPA d’Olivetti en 1999 qui ressemblait beaucoup à un LBO, les montages financiers se sont succédés pour garantir l’indépendance de la société, contribuant à diminuer sa capacité à investir. Les Italiens pourraient fort bien découvrir à l’occasion de ce remaniement du capital que l’irruption d’un actionnaire étranger n’est pas forcément synonyme de mauvaise nouvelle.
Bien à vous, la rédaction
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