La Société Générale, le coup d’arrêt
Les résultats de la Société Générale donnent un point à ceux qui pensent, à l’instar du rédacteur de ces lignes, que son profil l’expose davantage que d’autres aux moindres ralentissements de la conjoncture internationale et nationale. En l’absence d’acquisition majeure, le PNB ne croit que de 4,8 % en donnée brute, un résultat des plus médiocres, ce d’autant qu’il s’accompagne d’une baisse du résultats trimestriel par rapport à l’année dernière en raison d’une augmentation sensible du coût du risque qui passe de 162 millions d’euros à 192 millions d’euros. On ajoutera encore que la hausse des coûts de gestion (8.8%) fait planer un doute, le maintient d’une telle progression est de nature à plomber le résultat net à l’avenir et contraste avec la maîtrise apparente dont fait preuve la BNP en ce domaine.
Le marché français et la banque de financement sont à la peine
L’un des points les plus saillants tient à la croissance anémique des résultats dégagés par la branche retail française, à peine 2% ce qui suggère que la banque a perdu des parts de marché, il faudra attendre les résultats du Crédit Agricole pour se faire une opinion plus ferme. Il n’en demeure pas moins que l’on se demande si la modération de la croissance sur la France ne suggère pas incidemment qu’il est temps d’atteindre un nouveau niveau de concentration susceptible de générer de solides synergies dans l’exploitation du réseau. Les résultats de la branche financement sont beaucoup plus étonnants, le produit net bancaire baisse carrément passant de 1957 milliards d’euros à 1947. Dans un contexte où les grandes opérations lourdes en endettement sont légions un tel résultat apparaît comme une contre performance manifeste, à la décharge de la Société Générale, on doit signaler que l’une des spécificité du marché Français tient à la présence indirecte de la BNP au capital de fleurons du capitalisme français via les investissements du Baron Frère et de la galaxie Pargesa. Nul doute que lors du choix d’un banquier pour un grosse opération nos fleurons nation eaux n’aient une nette tendance à prêter une oreille attentive à celui qui est aussi l’un des gros actionnaires. Soulignons également que PAI partners ancienne branche investissement de la BNP est aussi particulièrement active, son projet d’opération sur Altadis en témoigne. Il n’est donc pas absurde de se demander si en l’absence d’explications détaillées les mauvaises performances de cette branche ne sont pas le fruit du positionnement structurelle de la banque au sein de la configuration socio-financière française.
Une stratégie globale qui n’a aucune raison de changer
Pour médiocres que soient les résultats de ce premier trimestre et à moins d’envisager des opérations de grandes tailles. Il n’y a pourtant pas de raisons de penser que la Société Générale soit amenée à modifier son profil de croissance qui repose sur la constitution d’un puissant réseau de retail en Europe de l’est notamment. Le PNB du retail étranger est en effet en forte progression de 20%, en d’autres termes toutes la croissance du groupe y est quasiment concentrée. C’est dire si des opérations sur le modèle de celle réalisée pour Rosbank sont probablement appelées à se multiplier. Pourtant le poids des réseaux de retail à l’étranger est à peine supérieur à 10% du total de l’activité dégagée par le groupe. Autrement dit il faudra encore du temps et de l’ argent pour que sa dynamique devienne déterminante pour le groupe. Or si celui-ci dispose de moyens encore suffisants pour arrondir son portefeuille sur les marchés en cours de bancarisation, on peut se demander si la banque ne va pas à terme manquer de temps.
On se doit également de souligner que si la stratégie retenue recèle effectivement un fort potentiel de croissance elle n’est peut être pas aussi pertinente sur le plan industriel, c’est du moins ce que laisse entendre l’évolution des frais généraux. Il est évident que les ventes croisées de produit d’investissement et d’assurance sont probablement plus difficile à mettre en œuvre sur des marchés balbutiants. Autrement dit la SG a la stratégie qu’elle peut s’offrir et il n’est pas sûr que cela soit suffisant, un adossement risque d’apparaître rapidement comme une option parfaitement cohérente.