Vivendi fait mieux que bien
On pouvait attendre la publication des résultats de Vivendi pour de nombreuses raisons. Quels étaient les effets de la « récession » télécom sur SFR ? Comment se portait la musique alors que EMI est sur le point de changer de mains ? Quels étaient les effets de la fusion de TPS-Canal+ sur les comptes puisque les données communiquées par Lagardère étaient parcellaires ? Enfin et surtout comment se portaient les ventes de « burning crusades » la dernière extension de world of warcraft ?
Toutes ces questions trouvent des éléments de réponse dans les résultats trimestriels communiqués par Vivendi le 15 mai 2007.
Q1 2007 :Un bon cru
SFR (56 % d’intérêts économique)
La plus grosse des filiale du groupe et sa première source de liquidité n’est pas au mieux, le chiffre d’affaire est en baisse de 1.8% et le résultat ajusté répercute la baisse en la grossissant (-3.5%) à 643 millions d'euros. Il n’y a là rien d’inattendu, les progrès de Bouygues et la stagnation de France Télécom laissait imaginer que SFR pouvait être dans une position délicate.
Pour autant on soulignera que la politique de Vivendi est claire et portera ses fruits à moyen terme.
La création d’offre Home-Zone permettra à l’opérateur de reprendre le dessus en capitalisant sur des offres intégrés, l’accroissement du portefeuille de client ADSL et bientôt FTTH permet d’envisager de lui donner la base d’abonnés la plus large possible. Il n’y a donc pas de raison de s’alarmer même si les nouvelles offres peuvent dans un premier temps cannibaliser les offres classiques.
Universal Music (100% d’intérêts économique)
La major du disque n’en finit pas de reculer et son exposition au dollar n’arrange pas les choses, son chiffre d’affaires recule à 1027 millions d’euros en baisse de 8.7% à données constantes. La musique « numérique » progresse fortement et représente 16% du chiffre d’affaire global. On peut d’ailleurs se demander si cette progression n’est pas plutôt la marque d’une substitution d’un revenu par un autre, moins élevé. Pour relativiser ces résultats on se contentera de signaler que nul dans ce métier ne semble avoir trouvé la formule magique pour résister. Il est possible qu’il n’y en ai pas !
Canal+-TPS (65% d’intérêts économique)
La progression de cette filiale doit être un grand motif de satisfaction pour le groupe, voilà presque 5 ans que Canal+ était un objet de soucis, le temps des pertes est semble t’il passé. Le chiffre d’affaires de l’ensemble se porte au dessus du milliards d’euros (1067 millions d’euros) et le résultat opérationnel ajusté explose à 169 millions d’euros ce qui laisse imaginer presque 700 millions d’euros pour l’année. Autrement dit Canal+ est en passe de devenir une des vache à lait du groupe.
Ces résultats jettent une lumière très crue sur ceux de Lagardère en berne malgré l’apport probablement sensible de Canal+ aux comptes.
Maroc Télécom (51% d’intérêts économique)
Le groupe poursuit sa très forte croissance (10.6%) et le chiffre d’affaires atteint 550 millions d’euros. Rien à dire de ce côté, Maroc Telecom demeure une des valeur les plus sûr du portefeuille de Vivendi.
Vivendi Games (100% d’intérêts économique)
Le chiffre d’affaires explose littéralement malgré son exposition aux effets de changes et grimpe à 291 millions d’euros, la société dégage un résultat opérationnel ajusté de 107 millions d’euros.
Ces données sont d’autant plus prometteuses que Vivendi poursuit activement l’investissement pour fournir en jeux les plates-formes les plus diverses. La progression de la pénétration de l’Adsl dans le monde est aussi l’un des meilleurs garants de la croissance solide de ce secteur.
Universal (20% d’intérêts économique)
La filiale de GE reste l’un des actif les plus importants de Vivendi, ses résultats sont contrastés, à côté d’une baisse du chiffre d’affaires de l’ordre de 8% ramenant celui-ci à 3484 millions de dollars, le résultat opérationnel monte lui de 6% à 691 millions de dollars, la part relative de Vivendi est donc de 138.2 millions.
La baisse potentielle du dollar fait réfléchir à la pertinence de conserver cette participation minoritaire encore longtemps ce d’autant, qu’elle aussi, est prise dans la tourmente qui agite l’industrie des médias dans son ensemble.
PTC (25% d’intérêts économique)
Vivendi en conflit avec Deutsch Télécom n’a toujours pas cédée sa part et poursuit la guérilla juridique pour le contrôle de la société. Le chiffre d’affaires trimestriel de cette société se monte à 446 millions d’euros et l’ EBITDA est de 147 millions d’euros ce qui laisse imaginer un résultat net de 50 Millions d’euros. Si jamais Vivendi devait céder ses titres, on imagine assez mal une valorisation inférieure à 1 milliards d’euros.
Résultat Global et perspectives
En définitive le chiffre d’affaire monte au dessus des cinq milliards d’euros (+5%) et l’Ebitda grimpe lui à 1558 milliards d’euros en hausse de 14%. Le résultat net ajusté se monte à 771 millions d’euros et la dette baisse à 4820 millions d’euros, loin en dessous d’une année d’Ebitda.
La structure de Vivendi permet d’imaginer une multitude d’opérations et de manœuvres. Le récent démenti de Vivendi concernant l’acquisition du solde de SFR auprès de Vodafone en est un exemple parmi d’autres. Reste le problème de fond qui constitue l’interrogation majeure et récurrente concernant cette société, s’agit ‘il d’une holding pure et simple ou le management trouve t’il vraiment des synergies à gouverner un ensemble de sociétés aussi divers.
Cette question risque de pas être tranchée rapidement car les montants d’investissements et de désinvestissements en cause pour changer le profil de la société sont très importants et supposent que des opportunités se présentent. A cet égard, la fusion de Canal+ et de TPS était une opportunité providentielle à plus d’un titre.
Un recentrage sur les télécoms et la télévision payante en France apparaît comme une des options les plus évidentes même si Canal+ dépendra de toute façon de plus en plus de la bonne volonté de France Télécom et de Iliad pour sa distribution en milieu urbain. A tout prendre, la cession des 20% de NBC Universal et l’acquisition de la part Vodafone au sein de SFR apparaît assez plausible, si cette opération s’accompagnait de la cession de la branche musique alors Vivendi devrait conserver les marges financières nécessaires pour pousser plus avant l’intégration de Cegetel-Le neuf et constituer ainsi un groupe intégré de télécom au niveau français capable de rivaliser avec FT.